L’église de Trévou-Tréguignec est placée sous le patronage de saint Samson.
Ce saint est né vers 485 au Pays de Galles. Une fois ordonné diacre puis prêtre, saint Samson rejoint le monastère d’Ynys Byr, au sud du Pays de Galles, et y devient abbé. Séduit par la vie érémitique, il séjourne un temps en Irlande avant de regagner le Pays de Galles. Il devient alors abbé-évêque mais récuse très vite cette charge. Il finit par traverser la Manche et fonde l’abbaye de Dol. Son immixtion dans le domaine politique et la donation par le roi mérovingien Childebert 1er d’un terrain sur lequel saint Samson fonde l’abbaye de Pental, à Saint-Samson-de-la-Roque, dans l’Eure, permettent à ce dernier de mettre en place, de part et d’autre de la Manche, un véritable réseau monastique. Il meurt à Dol vers 565. Le sarcophage que la tradition attribue à saint Samson se trouve dans la cathédrale de Dol de Bretagne tandis que ses reliques sont déposées en 930 dans le monastère de Saint-Symphorien d’Orléans. Il est considéré comme un des sept saints fondateurs de la Bretagne auxquels on vouait un pèlerinage, au moyen-âge, appelé Tro Breiz (Tour de Bretagne).
L’église a été construite par un entrepreneur de Louargat, Yves Marzin, d’après les plans de l’architecte lannionais C.-J. Lageat. La bénédiction de la première pierre a eu lieu le 16 mars 1924, comme en témoigne une inscription figurant sur le pilier nord-est de la nef, et celle de l’église le 14 mars 1926. Le clocher a été achevé en 1931. C’est une église de type néogothique construite pour l’essentiel en moellons de granite, sur un plan en croix latine orienté, comportant une nef de quatre travées accostée de deux bas-côtés, un transept et un chœur flanqué de chaque côté d’une sacristie couverte d’un toit en appentis. L’édifice est éclairé par des baies en arc brisé à remplage de pierre. Le massif occidental est surmonté d’une tour centrale couronnée de garde-corps quadrilobés en encorbellement et portant un clocher à trois baies sommé d’une flèche. Au sud de cette tour prend place une tourelle abritant un escalier à vis en maçonnerie. Tour et clocher sont d’un type Beaumanoir très tardif. L’église ne présente pas d’enclos et a perdu son cimetière, celui-ci ayant été réimplanté en périphérie du bourg ancien.
L’espace intérieur est couvert de voutes en berceau brisé lambrissées. Le décor est peu développé et s’avère d’inspiration gothique, avec ses grandes arches en arc brisé reposant, au niveau de la nef, sur des colonnes simples surmontées de chapiteaux au décor sobre.
On pénètre dans l’église par une porte ouvrant sur le collatéral nord de la nef. À l’ouest de ce bas-côté, une salle de convivialité fermée a été implantée. Le long des murs s’égrènent les stations d’un chemin de croix. Dans le collatéral sud, à l’ouest, se situent les fonts baptismaux dotés d’une cuve en fonte parée d’un couvercle. À proximité se trouvent deux tableaux d’Helmine Bosh datant du milieu du XIXe siècle, comme en témoigne la date de 1851 portée sur une des œuvres. L’un d’eux aborde le thème de la Présentation de Jésus au Temple. Ce tableau est une copie d’une gravure de Pierre Imbert Drevet datée de 1726 d’après un tableau de Louis de Boullogne peint en 1715 pour le chœur de Notre Dame de Paris et conservé aujourd’hui au Louvre. Le second tableau dépeint la scène du mariage de la Vierge. C’est une copie d’une gravure de Schelte Adams Bolswert, réalisée dans les années 1640-1650, d’après le tableau de Peter Paul Rubens datant de 1620. Le long du mur sud de ce bas-côté se trouvent un confessionnal et, en quatrième travée, une tête de Christ contemporaine en bois. Le vaisseau principal de la nef est tout en sobriété. L’architecte a simplement placé au revers de la façade occidentale une tribune dont la balustrade décorative est constituée de quadrilobes sculptés en granite.
Le transept nord est davantage doté en mobilier. Sur le mur ouest, un groupe en plâtre peint représente sainte Anne et la Vierge lisant. Le long du mur nord se situent un confessionnal et des stalles, tandis qu’à l’est on peut observer un retable. Ces meubles sont relativement récents et datent du XIXe ou du début du XXe siècle. Le retable est dominé par une statue de Notre Dame du Trévou représentée avec l’enfant Jésus tenant un globe. À gauche du retable, une statue de saint Yves porte l’inscription « Beatus qui intelligit super egenum et pauperem » se référant au Psaume 41 « Heureux celui qui a l’intelligence de l’indigent et du pauvre ». À droite du retable, se trouve un très beau Christ en croix du XVIe siècle. Le Christ porte le périzonium, linge drapé le ceignant au niveau des reins et tenu ici par deux cordelettes. La statue est en bois et conserve encore quelques traces de polychromie. Au-dessus du Christ figure le titulus INRI que Ponce Pilate, préfet de Judée, a fait placer là, selon l’Évangile de Jean (XIX, 19-22). Cet acronyme tiré du latin « Iesus Nazarenus Rex Ivdæorum », traduit généralement par « Jésus de Nazareth roi des Juifs » rappelle la dimension historique du supplice et la portée spirituelle du message chrétien. Dans le transept sud, un retable épuré moderne prend place sur le mur est. Dominant ce retable, une grande statue de Jésus portant à la main son coeur surmonté d’une croix est dressée au-dessus d’un tabernacle réaffecté là comme piédestal. À gauche du retable se situe un siège de célébrant tandis qu’à droite on peut observer une statue en plâtre de sainte Thérèse de Lisieux ainsi que des stalles. Sur le mur ouest, une statue de Jeanne d’Arc date des années 1920.
Les dimensions du chœur ont imposé le recours à un chancel empiétant sur le transept, prenant la forme d’une balustrade en bois de type néogothique. Cet espace est marqué par la présence d’un ambon, d’où est mené le prêche, d’un maître autel et d’un imposant retable moderne. Sur la façade de ce retable est représentée la scène de l’agneau offert en sacrifice, couché sur le Livre aux sept sceaux, faisant référence au chapitre 5 de l’Apocalypse de saint Jean. Au-dessus, une inscription en latin, « Et Verbum Caro Factum Est », « Et le Verbe s’est fait Chair » est en lien avec le passage de l’Évangile de saint Jean (Jean, I, 1-18) selon lequel Dieu prend forme humaine en s’incarnant en Jésus-Christ. On peut admirer, encadrant ce retable, une belle statue de saint Samson, datant du XVIIIe siècle à gauche et celle de saint Guénolé, plus récente, à droite.
Alors que les vitraux de la nef sont de simples compositions géométriques et que ceux du transept, datant de 1956, portent un seul grand personnage aux traits schématiques, saint Yves pour l’un et saint Samson pour l’autre, le vitrail du chœur présente une composition entièrement figurative. Cette maîtresse-vitre dont le vitrail, comme tous ceux de l’église, a été réalisé par Hubert de Sainte Marie, date de 1963, comme en témoigne l’inscription « HSM Quintin 1963 », et révèle un intéressant travail d’atelier. Le Christ très longiligne et les traits des personnages réalisés à la grisaille ne sont pas sans rappeler les oeuvres élaborées à l’époque romane et au début du gothique. Hubert de Sainte Marie (1923-1991) est un maître-verrier formé à Reims puis à Paris qui s’établit à Quintin en 1947. Il a beaucoup œuvré pour les églises de la région et on retrouve ses compositions dans les cathédrales de Dol de Bretagne et de Tréguier, pour ne citer qu’elles. Avec sa palette aux couleurs choisies avec art et ses scènes aux personnages soignés, cette grande verrière se marie particulièrement bien avec l’architecture des lieux.
L’église Saint-Samson de Trévou-Tréguignec, toute empreinte de simplicité, se révèle d’un attrait particulier. Chaque année, elle est liée au pardon de saint Samson, le 2ème dimanche de juillet, qui, comme celui de saint Guénolé le 1er dimanche de septembre, permet aux habitants et visiteurs de se retrouver autour de festivités organisées pour l’occasion.
Jean-Joseph Le Brozec