Église Saint-Yves
 
L’église Saint-Yves de Louannec se distingue par l’élévation de son architecture dont l’effet est renforcé par le bel escalier monumental permettant d’accéder au placître. Des pièces de mobilier de qualité confèrent à cet édifice un intérêt notable.

L’ancienne église de Louannec était dédiée à saint Émilion. Né à Vannes, saint Émilion ou Emilian (du latin Emilianus) a d’abord été intendant du comte de la ville. Ayant un profond sens de la compassion et de la générosité, il cherche à venir en aide à son prochain. Il devient moine à Saujon, près de Royan, mais finit par fuir l’afflux de pèlerins provoqué par l’écho de ses miracles et se réfugie à Combes, près de l’actuelle Saint-Émilion. Il meurt en 767. Il est le saint patron des négociants en vin. L’église de Louannec est de nos jours dédiée à saint Yves. Yves Hélory de Kermartin, appelé aussi Yves de Tréguier, ou Erwan Helouri, en breton, est devenu saint Yves après sa canonisation par le pape Clément VI en mai 1347. Né vers 1253 au manoir de Kermartin, à Minihy, il bénéficie d’une solide formation en droit canonique et en droit romain à Paris et à Orléans. Revenu en Bretagne, il est nommé official à Rennes avant de se rapprocher de Tréguier, à l’appel de l’évêque de la ville. Il est recteur de Louannec de 1292 à 1297 et meurt en 1303. Reconnu pour ses talents d’orateur et pour sa capacité à rendre justice sans tenir compte de la position sociale, il mène une vie d’ascèse tout en partageant ses vêtements et ses biens avec les plus démunis. Considéré par l’Église catholique comme un saint majeur pour avoir consacré sa vie à la justice et aux pauvres, saint Yves est le saint patron des professions de justice et de droit, notamment de celle des avocats. Il est aussi saint patron de la Bretagne et fait lobjet dun pardon à Tréguier le 19 mai.

L’église paroissiale Saint-Yves de Louannec a été reconstruite de 1896 à 1898 d’après les plans et devis de l’architecte diocésain Eugène Le Guerrannic. On ne peut évidemment que déplorer la disparition de l’ancienne église, datant des XII-XVIe siècles, dont les parties romanes avaient connu les sermons de saint Yves, même si l’architecture de la nouvelle église s’avère être de qualité. Le parti pris architectural est celui d’une construction globalement néogothique dans laquelle règne une volonté d’élévation des structures, perceptible notamment au niveau de la façade occidentale, du transept et du choeur. L’édifice se présente sous la forme d’une croix latine orientée vers l’est dont l’allure générale n’est remise en cause que par l’implantation du clocher surplombant le portail d’entrée et par la présence d’une chapelle au nord, au niveau de la deuxième travée de la nef. L’ensemble est soigné et révèle un investissement poussé dans la reconstruction.

A l’intérieur, on est frappé par la grande richesse du mobilier qui provient en partie de l’ancienne église. La nef se compose de 5 travées. Le mur de revers du portail occidental présente deux sculptures intéressantes datant des XVIe et XVIIIe siècles : sainte Marguerite et sainte Barbe. Dans le collatéral nord, au niveau de la 1ère travée, un confessionnal ouvert fait office de vitrine à trois statues en plâtre : les statues de saint Antoine de Padoue, de saint Éloi et de sainte Jeanne d’Arc. Sur le pilier nord de ce collatéral, entre les 1ère et 2ème travées, se trouve un beau Jean-Baptiste du XVIIe siècle portant un agneau, tandis qu’un saint Loup se tient en vis-à-vis sur le pilier suivant. La chapelle qui s’ouvre sur le bas-côté nord présente une peinture du baptême du Christ par saint Jean le Baptiste, une statue du Christ révélatrice du culte du Sacré Cœur et une autre statue du Christ prêchant, toutes deux en plâtre. La nef est un vaisseau couvert de voutes en pierres. On y trouve un ex-voto en 3ème travée, une chaire moderne en 4ème travée ainsi qu’un Christ en croix datant de 1898, sur le mur sud, entre les 4ème et 5ème travées. Dans le collatéral sud, on peut voir une statue de saint Yves en plâtre au niveau de la 2ème travée et un confessionnal datant du XIXe siècle, au niveau de la 4ème travée.

Le transept s’avère particulièrement riche en mobilier. Certains éléments de ce mobilier sont  d’ailleurs recensés dans la base Palissy, base de données portant sur le patrimoine mobilier français, créée en 1989 par le ministère de la Culture, sous le contrôle de la direction de l’Architecture et du Patrimoine. Dans le transept nord, sur le mur ouest, une Vierge couronnée porte l’enfant Jésus et son globe crucifère. En face, sur le mur est, un retable moderne, avec une statue de la Vierge en prière, prend place à côté d’un retable du XVIIe siècle. Ce dernier encadre un tableau, signé Pigeon (1674), représentant saint Yves rendant justice au pauvre et se détournant du riche en dessous de la colombe du Saint-Esprit. Sur le retable, une statuette de saint Yves date du XVIIIe siècle. Sur le mur nord de ce même transept, a été dressée une stèle en souvenir des soldats morts pendant la Première Guerre mondiale. Dans le transept sud, la remarquable chasuble dite de saint Yves, datant du XIIe siècle, récemment prêtée au Musée du Quai Branly, à Paris, a réintégré sa vitrine. C’est une chasuble cloche à décor de griffons affrontés sur fond rosé, en samit, un tissu oriental fait de fils de couleurs à chaîne de lin enroulée de matières organiques et trame de soie, le tout relevé de fils d’or. Cette chasuble est attribuée à des ateliers hispano-mauresques andalous ou siciliens. Au-dessus de cette vitrine, on peut admirer un groupe du XVIe siècle, composé de saint Yves, au centre, du riche et du pauvre. À droite, surplombant un autel moderne, une Vierge de pitié du XVIe siècle porte la dépouille du Christ. Le long du mur sud du transept a été placée la dalle funéraire de Tristan de Coëtmen, sieur de Boisguezennec. A sa droite, deux stèles, dont une datant du VIIIe siècle, proviennent du placître de l’église. Au plafond se trouve un deuxième ex-voto. Dans le chœur, enfin, le mobilier moderne est dominé par le grand retable portant les statues de saint Yves et de saint Émilion datant du XVIIe siècle, ainsi que deux reliquaires abritant l’un, des reliques de saint Yves, et l’autre, une page de son bréviaire, tandis qu’une toile représentant le Christ chez Marthe et Marie, tableau exécuté vers 1842 par Henri Scheffer, orne le mur nord, au-dessus de la porte de la sacristie.

Les vitraux de l’église proviennent de deux ateliers de maîtres verriers. L’atelier Bessac de Grenoble marque la nef et le transept de son empreinte, avec ses couleurs vives et ses personnages aux visages tranchés. L’atelier Champigneulle s’est vu confier la tâche d’équiper les vitres du chœur. Né à Metz, transféré à Bar le Duc puis à Paris, cet atelier se trouve, lors de la confection de cet ensemble datant de 1930, sous l’autorité de Jacques Charles Champigneulle (1907-1955), maître-verrier entre 1928 et 1952, connu pour son implication dans la décoration du salon du paquebot Normandie. Les deux panneaux latéraux sont des compositions géométriques tandis que les trois grandes baies fermant la partie est du chœur constituent un ensemble homogène à tonalité densemble claire, sinsérant bien dans l’édifice. Dans la verrière de gauche, sous la représentation du Christ Roi, Sauveur du monde, apparaît saint Yves soulageant les âmes du Purgatoire. Dans la verrière centrale, en dessous de la Trinité se développe une représentation de saint Émilion et de saint Yves portant la nouvelle église de Louannec. Le vitrail se termine, dans sa partie basse, par une scène de mer. Dans la verrière de droite, enfin, la partie haute de la baie est dominée par la Vierge entourée d’anges musiciens. Au-dessous, on observe une représentation de saint Yves réconfortant les malades et les mourants tandis que la partie basse du vitrail représente l’ancienne église de Louannec.

L’église Saint-Yves de Louannec, forte de la puissance de son architecture et de la richesse de son mobilier, ne peut que retenir l’attention du visiteur à la recherche de témoignages de ferveur d’antan.

Jean-Joseph Le Brozec

 
L'église de Louannec et son placître
Transept sud de l'église de Louannec
Vitrail de la baie axiale de l'église

                                                                                           CHAPELLE DE KERALLAIN, dédiée à saint Yves. 

Tapie au cœur d’un joli cadre bucolique, la chapelle Saint-Yves de Kerallain, située à Louannec, serévèle pleine de charme et de surprises. À la beauté des lieux s’ajoute le fait que saint Yves amarqué cet espace de sa présence.
La Chapelle de Kerallain est en effet dédiée à saint Yves. On sait qu’après de solides études à Paris et Orléans et un rôle important joué en tant que juge ecclésiastique dans l’évêché de Tréguier, Yves Hélory de Kermartin devient recteur de Louannec en 1292. Affaibli par la maladie, il finit par se retirer dans son manoir de Kermartin et meurt en 1303. À Kerallain, la tradition rapporte qu’Yves ayant fait un miracle en ramenant à la vie le fils du seigneur de Kerallain tombé dans la fontaine, le maître des lieux prit la décision d’ériger une chapelle afin de célébrer chaque année une messe en son honneur. Il faut attendre 1334, sous l’épiscopat d’Alain Hélory, pour que la béatification d’Yves intervienne grâce, entre autres, à l’impulsion donnée par le duc de Bretagne Jean III. La béatification, préliminaire à la canonisation, permet de placer une personne défunte au rang de bienheureux, un croyant reconnu par l’Église pour l’exemplarité de sa vie. Après la tenue d’un long procès au cours duquel les témoignages portant sur la vie d’Yves, sur son œuvre auprès des déshérités et sur les miracles qui lui sont attribués ont été questionnés, le pape Clément VI entérine sa canonisation en mai 1347 et l’inscrit sur la liste officielle des saints.

La Chapelle Saint-Yves de Kerallain est une construction récente, comme l’atteste la plaque accrochée sur le mur nord du chœur sur laquelle on peut lire : « D. O. M. (Deo Optimo Maximo) À l’honneur de Mgr Saint Yves, cette chapelle de Kerallain, érigée vers l’an 1350, restaurée en 1665 et 1874, a été rebâtie pour la IV ème fois par la piété des prêtres et des fidèles de Louannec, l’an du Seigneur MCMXXXIII ». En effet, la chapelle, reconstruite à partir d’octobre 1932, a été bénie le 14 mai 1933. Elle est implantée dans un pré entouré sur trois côtés par des talus,l’ensemble surplombant côté sud un vallon. Un autel massif en granite et un banc constitué d’une pierre tombale ont été dressés au sud de la chapelle et servent lors des messes célébrées à l’extérieur.

La pierre tombale datant du XIX ème  siècle porte des inscriptions effacées et la trace de ce qui semble être une coquille saint Jacques, rappelant peut-être par là le passage de pèlerins. La chapelle de Kerallain présente un plan rectangulaire à vaisseau unique. Elle est, pour l’essentiel, construite en moellons de granit, si l’on fait abstraction des pierres d’angle taillées dans du granit rose.
Quelques pierres anciennes en granite de l’île Grande ont été réutilisées au sud-est de la chapelle et au niveau de l’encadrement de la porte de la façade ouest. L’architecte a en outre recouru, de façon parcimonieuse, à l’usage du béton armé pour le lanternon couronnant la façade occidentale, pour les trumeaux et appuis des fenêtres nord et sud et pour la fenêtre orientale dont les trois baies de type néoroman sont entièrement construites dans ce matériau. Avec la patine du temps, tous ces éléments se fondent particulièrement bien en un ensemble architectural présentant de l’unité. La chapelle est couverte d’un toit en bâtière, c’est-à-dire un toit à deux versants opposés et à pignons découverts. Le massif occidental est percé d’une porte en plein-cintre et sommé d’un lanternon à une baie abritant une cloche que l’on actionne à l’aide d’une corde, à l’intérieur de l’édifice.

L’accès à la chapelle se fait par l’unique porte située à l’ouest de l’édifice. Dès l’entrée, on est saisi par la grande simplicité du décor. À gauche de l’entrée, un bénitier en pierre est fixé dans le mur.
Le mobilier de la nef se réduit à quelques chaises et bancs épars tandis que les fenêtres sont équipées de simples carreaux en verre cathédrale de couleur, ajoutant leur touche de sobriété à l’ensemble. Deux statuettes en plâtre de sainte Thérèse de l’Enfant Jésus portant bouquet de fleurs et crucifix prennent place sur des consoles placées à l’est de la nef. À celles-ci s’ajoute une troisième statuette de la sainte dans le chœur. Leur présence témoigne de la vigueur du culte rendu à Thérèse de Lisieux, notamment après sa béatification, en 1923, et sa canonisation, en1925, par le pape Pie XI.

Quant au chœur de la chapelle, il est séparé de la nef par un chancel constitué d’une balustrade basse en bois et dispose de pièces de mobilier présentant un grand intérêt. Le maître-autel datant de la reconstruction de l’édifice est très sobre. Il est cependant surmonté de très intéressants panneaux de bois sculptés réhaussés de dorures. Ces panneaux,qui peuvent remonter aux XVI ème – XVII ème siècles, rappellent l’art de la Renaissance bretonne, avecses putti, petits enfants joufflus portant des ailes, ses phénix, oiseaux mythiques renaissant de leurs cendres, symboles de résurrection, et ses rinceaux de feuillage s’enroulant en arabesques selon un schéma très prisé à l’époque. Deux statues en bois polychrome, reposant sur des pierres provenant de l’ancienne chapelle, encadrent l’autel. Datant peut-être de la seconde moitié duXVIII ème siècle ou du début du XIX ème siècle, elles présentent de belles qualités artistiques. Proches de style, notamment dans la conception des visages, et portant sur leur socle des inscriptions en latin, réalisées de manière similaire, elles proviennent du même atelier. Au nord de l’autel, la Vierge porte l’enfant Jésus tenant dans la main droite un globe crucifère, appelé aussi orbe crucigère. Cette dernière, composée d’une sphère figurant le monde et d’une croix représentant la religion chrétienne, est le symbole du pouvoir spirituel, mais aussi temporel, détenu par le Christ. Sur son socle, l’inscription « SM : Consotrix (Consolatrix) Afflictorum : Ora » souligne le rôle de la Vierge Marie comme « consolatrice des affligés ». Au sud de l’autel, se trouve une statue de saint Yves avec l’enfant qu’il a sauvé miraculeusement de la noyade. Le prêtre porte l’enfant richement habillé dont le corps inerte attend le retour à la vie. Là encore, une inscription latine se lit sur le socle : « S : Yvo : Consolator Optime : Ora ». Elle est à mettre en parallèle avec l’inscription de la statue de la Vierge et contribue à montrer la dévotion pour saint Yves considéré ici comme un excellent consolateur. Déposés sur l’autel ou fixés au mur du chœur, des ex-voto, sous forme de petites plaques de marbre, remercient Saint Yves pour l’exaucement de vœux.

La Chapelle Saint-Yves de Kerallain est un petit édifice méritant d’être visité. Elle accueillait jusqu’à une date récente, l’avant-dernier dimanche du mois d’août, le pardon de Kerallain dont le souvenir reste vivace. La chapelle étant trop petite pour recevoir tous les croyants, l’office était généralement célébré en plein air, conférant à cet événement une dynamique particulière.

Jean-Joseph Le Brozec

Chapelle Saint Yves de Kerallain
Choeur de la Chapelle de Kerallain
Panneaux de bois sculpté dans le choeur de la Chapelle de Kerallain

CHAPELLE DU BOISGUEZENNEC, dédiée à saint Sébastien, détruite.
CHAPELLE DE GUERNABACON, dédiée à saint Joseph, détruite.

Extrait des « Bulletins et mémoires / Société d’émulation des Côtes-du-Nord » 1938
Répertoire des Eglises et Chapelles du Diocèse de Saint-Brieuc et Tréguier (R. Couffon)
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
Remerciements à l’ARSSAT pour l’aide portée pour la recherche de ce « répertoire »

Louannec, Église Saint-Yves, chemin de croix

Photos des chemins de croix de la paroisse de Perros-Guirec.
Église Saint-Yves de Louannec
5 oct. 2023 = 83 visites
Photos Antoine Duflocq
(redressées et recadrées avec le logiciel Photo Editor pour Android)

 
Observation :
Ce chemin de croix aurait été fait en 1924 par « M. CHANTREL » (inscription en bas de chaque station)