L’église de Kermaria-Sulard, dont le clocher domine le bourg de sa haute stature, a la particularité d’avoir été entièrement reconstruite à la fin du XIXe siècle. Elle détient un mobilier retraçant son histoire et un ensemble original de vitraux contemporains.
Cette église est dédiée à Notre-Dame de la Joie, c’est-à-dire à la Vierge Marie, mère de Jésus de Nazareth, appelée aussi, entre autres, « Mère de Dieu », « Sainte Marie », « Sainte Vierge », « Notre-Dame ». La dévotion mariale s’est déclarée très tôt, dès les Évangiles selon saint Matthieu et selon saint Luc qui racontent l’Annonciation, par laquelle l’archange Gabriel vient annoncer à Marie la conception virginale de Jésus, puis la Visitation, lorsque Marie se rend chez sa cousine Elisabeth et lui exprime sa joie de porter l’enfant de Dieu. Le Magnificat jette les bases de l’esprit marial qui traverse la chrétienté, exaltant l’humilité et l’obéissance de Marie. Au cours des siècles, les catholiques ont voué à Marie un culte d’une grande permanence. Par le dogme de l’Immaculée conception, proclamé en 1854 par le pape Pie IX, l’Église catholique affirme que Marie est comblée de grâce et sauvée par Dieu dès sa conception. L’Assomption de la Vierge Marie signifie qu’en vivant pleinement de l’esprit saint, la Vierge accède totalement, par la grâce de son fils, à la résurrection, précédant ainsi le chrétien sur le chemin du Salut.
En 1882, le conseil de fabrique de Kermaria-Sulard prend la décision de détruire l’ancienne église du village, datant des XII-XIII et XVIIe siècles, pour en reconstruire une neuve. Le mauvais état du bâtiment est invoqué. Il s’agit aussi de construire plus grand et plus haut. Enfin, on s’inscrit à l’époque dans le contexte de la construction de la basilique du Sacré-Cœur de Montmartre. Malgré le combat initié au cours du XIXe siècle par des hommes comme Victor Hugo ou Prosper Mérimée pour sauver des édifices séculaires, la décision est prise, après consultation de la population et obtention du soutien du conseil municipal, de construire une église neuve. Celle-ci se compose d’une grande nef néo-gothique à six travées et aux lignes simples se terminant par un chœur à trois pans. Deux chapelles jouant le rôle de transept viennent se greffer sur le vaisseau principal, conférant à l’église une forme de croix latine. Le tout est dominé par le clocher, implanté sur le massif occidental. Au pied de ce clocher, le portail d’entrée se pare d’un tympan en bois de conception récente, puisqu’il date de 2013, oeuvre du Kermarianais Jean Le Morvan, et représentant Notre-Dame de la Joie portant l’enfant Jésus et son globe crucifère. L’inscription « Itron Varia Joa » accompagne l’ensemble.
A l’intérieur, l’église se distingue par la simplicité de son décor. Le mobilier se compose de deux ensembles. Le premier ensemble est antérieur au XIXe siècle et provient, pour l’essentiel, de l’ancienne église. On trouve ainsi une statue polychrome de sainte Marguerite d’Antioche, datant probablement des XVII-XVIIIe siècles, située au sud-est de la nef, juste avant le chœur. À côté de cette statue prend place un saint Erwan d’intéressante facture. Au même niveau de la nef, dans le collatéral nord, se trouvent un tabernacle et un ange annonciateur du Jugement Dernier sonnant du buccin datant du XVIIIe siècle. Cet ange couronnait très probablement l’ancienne chaire de l’église. Entre les 4ème et 5ème travées du collatéral nord de la nef, on peut admirer une Vierge à l’enfant du XVIIIe siècle. Les fonts baptismaux proviennent eux-aussi de l’ancienne église. Sur le mur nord du choeur, une sculpture représentant un agneau sur un livre rappelle l’agneau du chapitre V de l’Apocalypse qui ouvre le livre fermé par sept sceaux. Plusieurs stalles anciennes, dans l’église, et un tabernacle du XVIIIe siècle, dans la sacristie, complètent le mobilier ancien. Un deuxième ensemble de mobilier, réalisé depuis le XIXe siècle, a pris place dans l’église. Dans le collatéral sud de la nef, on trouve, d’est en ouest, les statues de sainte Anne enseignant la lecture à la Vierge, de saint Jean l’Évangéliste et de saint Antoine de Padoue. Dans le collatéral nord, une sainte Jeanne d’Arc orne le mur tandis que Joseph portant l’enfant Jésus et une Pietà parent la chapelle nord, dominant un ensemble dédié aux morts de la Première Guerre mondiale. Dans la nef, une tribune datant des années 1920 a été construite sur le revers du mur occidental, tandis que sur le mur sud, se trouve un Christ en croix donné à l’église en 1888. Dans le choeur, on observe un lutrin aux qualités sculpturales indéniables et un maître-autel datant de la reconstruction de l’église.
Les vitraux, pour l’essentiel contemporains, constituent la grande originalité de l’église. En effet, alors qu’on trouve dans le chœur des compositions réalisées par le maître-verrier Largneau en 1885, le reste de l’église se pare de vitraux issus de deux campagnes de pose très récentes. La première campagne, datant de 2013, a valu la pose de 8 vitraux basés sur une combinaison du projet « coquelicots » de J. Engelibert et « vagues et ondes » de T. Rochard. La seconde campagne a mené à la mise en place, en 2021, de deux vitraux sur la façade occidentale, oeuvres de Julien Lannou, maître-verrier à Pontrieux. Au sud un agneau portant un étendard sur lequel on peut lire « Ecce Agnus Dei », « Voici l’agneau de Dieu », symbolise le sacrifice expiatoire du Christ, manifestant l’amour de Dieu pour l’homme. Au nord, une colombe figure l’Esprit Saint qui vient habiter le baptisé, faisant entrer celui-ci dans une relation forte et intime avec Dieu.
L’église de Kermaria-Sulard est aujourd’hui confrontée à la nécessité d’engager une nouvelle vague de travaux. La toiture du clocher doit être remaniée pour parer aux problèmes d’humidité. Une association a vu le jour : les Amis de l’église Notre-Dame-de-la-Joie. Son rôle est de rechercher des fonds afin de restaurer l’église et d’animer ce lieu de culte par des actions culturelles. Les dons sont collectés par la fondation du patrimoine. Grâce à cet engagement, l’église de Kermaria-Sulard pourra affronter l’avenir avec plus de force.
Jean-Joseph Le Brozec
L’église de Kermaria-Sulard Sulard côté sudStatue de Sainte Marguerite d’AntiocheVitrail contemporain, façade ouest de l’église
Eglise Notre-Dame de la Joie : notes :
En forme de croix latine, elle comprend une nef avec bas-côtés de six travées et un choeur. Il n’y a pas à proprement parler de transept, mais deux petites chapelles sur les bas-côtés donnent à l’édifice la forme d’une croix. Construit par M. Morvan, entrepreneur au Vieux-Marché, sur les plans de M. G. Lajeat, architecte à Lannion, l’édifice actuel eut sa première pierre bénite le 19 juillet 1884 et fut terminé en 1887. Mobilier : Statues anciennes de la sainte Vierge, saint Yves et sainte Marguerite.
CHAPELLE DE KERELLEAU. Édifice rectangulaire de la fin du XVIe siècle, désaffecté. La porte Renaissance est surmontée d’un pennon aux armes mi-parti de Quelen et de Perrien, armes de Gilles de Quelen, décédé le 6 avril 1605 et de sa femme Gilette de Perrien. On y relève dans un cartouche l’inscription : SOLI DEO HONOR ET GLORIA. Dans la longère, meurtrière.
CHAPELLE DE COATALLIO, détruite.
Extrait des « Bulletins et mémoires / Société d’émulation des Côtes-du-Nord » 1938 Répertoire des Eglises et Chapelles du Diocèse de Saint-Brieuc et Tréguier (R. Couffon) (Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France Remerciements à l’ARSSAT pour l’aide portée pour la recherche de ce « répertoire »
Le texte de cet article a été fourni par le relais paroissial de Kermaria-Sulard,
si vous avez des compléments, n’hésitez pas à nous les transmettre…
La paroisse Ville Beate Marie Insuler est citée dans le Procès de canonisation de St. Yves en 1330. Elle est déjà une succursale de celle de·Louannec (dependentis sive unite nunc ecclesie de Lohanec), dont saint Yves avait été recteur. En breton, à la même époque, le nom se dit Kaermaria.
Le nom est Kermaria en Suler dès 1438 (Arch. des C-du-N, 2 G 103), puis Kermaria Sullar au XVIIe et au XVIIIe siècles, enfin Kermaria-Sulard dès 1782. La première municipalité y fut élue le 13 février 1790, date que l’on peut considérer comme le premier jour de la commune actuelle.
Aucun monument de cette commune n’est classé ni inscrit. Cependant, quelques-uns peuvent être signalés ici :
1) la chapelle de Kerelleau (fin XVIe s.), qui porte les armes de Gilles de Quelen et de Gilette de Perrien, sa femme
2) la ferme de Prat-Louët (1660),
3) celle de Kergoff (1779), mais l’ancien château de Kergoff ou Kerangoff (1644) est aujourd’hui détruit ;
4) 1a ferme de Kerdaniou (1786) au Pors-Bodiou ;
5) plusieurs maisons anciennes, situées notamment au bourg et à Coatelec ;
6) l’ancien moulin de Milin Fospoul, aujourd’hui Centre d’études biologiques
7) de nombreux puits, dont celui de Kervariou ;
8) des croix, notamment à Kervariou, Fospoul et Kerhuel.
Un seul événement local sera rapporté ici : le 19 juillet 1884 fut bénie la première pierre de la nouvelle église Notre-Dame, qui fut terminée en 1897.
ancienne église
Parmi les personnages qui ont laissé un nom dans l’histoire de Bretagne, on doit rappeler le souvenir des membres de la famille de Kerimel ou Kerrimel, famille tirant son nom d’une terre. située en Kermaria-Sulard : 1) Geoffroy de Kerimel, chevalier, fut tué par les Anglais à Lannion le 5 décembre 1346 (voir plus haut la notice de cette ville) ; 2) Un autre, du même nom, peut-être fils du précédent, naquit vers 1343, fut un des fondateurs du couvent des Augustins de Lannion en 1364 et un des témoins du procès de canonisation de Charles de Blois le 26 octobre l371 (il est dit alors chevalier, âgé de 28 ans et de la paroisse de Louannec – à laquelle Kermaria était rattaché). Il était maréchal de Bretagne en 1381 et 1383 (Lobineau ; Preuves, p. 566, 619 et 638).
Retrouvez, ci-dessous, l’article publié dans le bulletin paroissial de décembre 2020 concernant les nouveaux vitraux.