L’ÉGLISE SAINT-PIERRE DE COATRÉVEN
L’église Saint-Pierre de Coatréven présente à la fois la simplicité des églises rurales et un riche mobilier, témoin de la ferveur religieuse des habitants qui ont œuvré siècle après siècle à son embellissement. Ayant subi les effets dévastateurs d’un fort coup de vent en 2013, cette église a depuis bénéficié de campagnes de restauration qui lui ont redonné son lustre.
Cette église est placée sous le patronage de saint Pierre, un des pères fondateurs de l’Eglise catholique. En effet, saint Pierre, appelé aussi Siméon Bar-Yonah (Simon, fils de Jonas), Simon-Kephas (roc) ou Simon-Pierre, est l’un des apôtres les plus proches du Christ, à tel point qu’on a pu l’appeler Prince des Apôtres. Né au tournant du 1er siècle av. J.-C., c’est un pêcheur, parfois représenté avec sa barque et son filet, qui devient très proche du Christ, malgré les doutes dont il est l’objet. Un temps à la tête de l’Église d’Antioche, il participe au renforcement et à l’expansion des premières communautés chrétiennes. Pierre subit son martyr à Rome où il serait mort crucifié la tête en bas entre 64 et 68. L’Église catholique en fait le 1er évêque de Rome à l’origine de la primauté pontificale, certains considérant Pierre comme le premier pape. Ce que, souvent, on retient de saint Pierre, c’est qu’il est le détenteur des clés du paradis.
L’église de Coatréven s’inscrit dans un enclos, espace dans lequel s’est maintenue la fonction de cimetière et dont le mur d’enceinte est actuellement en cours de restauration. L’église a été construite au XVIe siècle et comporte un plan en forme de croix latine, dont l’allure d’ensemble est perturbée par l’existence d’une chapelle à l’ouest du transept nord et d’un grand porche au sud, construit en 1730, avec sa porte en plein-cintre et ses murs en gros appareil. L’église est orientée, c’est à dire que son chœur est tourné de façon classique vers Jérusalem. À l’est, son chevet aveugle est plat, tandis qu’à l’ouest, le massif occidental est dominé par une superbe tour-clocher, typique du Trégor, elle aussi construite au XVIIIe siècle, en 1743. Cette tour-clocher, entièrement en pierres de taille, est constituée de quatre niveaux. Elle est portée par des contreforts et s’achève par un clocher-pignon à trois baies bordé d’une balustrade. Une tourelle d’escalier circulaire hors d’œuvre, à dôme de pierre, est accolée à la tour.
La nef est un beau vaisseau couvert d’une voûte lambrissée en berceau. A l’ouest, une tribune comporte, en temps habituel, un orgue installé par l’entreprise Gloton Debierre en 1938, actuellement démonté. Sur la paroi de cette tribune est placée une statue polychrome datant du XVIIe siècle et représentant la Vierge portant l’enfant Jésus. Ce dernier tient l’orbe dans sa main, affirmant son rôle de sauveur du monde, Salvator Mundi. Sur le mur nord de la nef, s’ouvre l’accès aux fonts baptismaux. La pièce est éclairée par un vitrail de 1922 signé par le maître verrier Merklen d’Angers. Ce vitrail représente le baptême du Christ, par Jean-Baptiste, dans les eaux du Jourdain. La scène prend place sous la colombe du Saint Esprit. Sur le mur latéral se trouve une statue de Jean-Baptiste représenté avec un agneau. La phrase « Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » prononcée par Jean le Baptiste, en désignant le Christ, est en lien avec les pratiques sacrificielles dont faisaient l’objet les agneaux dans la religion juive et préfigure le sacrifice de Jésus sur la croix. À l’est de cet espace, sur le mur nord de la nef, se trouve une belle chaire à prêcher. Sur le mur sud de la nef, un vitrail datant de 1922 représente Jeanne d’Arc placée sous sainte Marguerite, sainte Catherine et l’archange saint Michel qui lui ont demandé de libérer le royaume de France de l’envahisseur. Ce vitrail daté de 1922 témoigne du culte voué à l’époque à la jeune fille. En effet, Jeanne d’Arc a été canonisée sous le pontificat de Benoît XV en 1920. La même année, la République française institue la fête Jeanne d’Arc, le deuxième dimanche de mai, jour anniversaire de la prise d’Orléans. En 1922, le pape Pie XI proclame Jeanne d’Arc sainte patronne secondaire de la France après la Vierge. On comprend, dans ce contexte, qu’on ait voué à cette sainte un véritable culte, comme en témoignent ce vitrail et la statue de la sainte en armes présente dans la chapelle nord. Un Christ en croix et une statue du XVIe siècle de Notre-Dame de Bonne Nouvelle prennent place sur le mur sud de la nef, juste avant le transept. Au nord s’ouvre une chapelle attenante au transept. Cette chapelle comporte un retable portant les statues de sainte Jeanne d’Arc, du Christ et de saint Antoine de Padoue. On y trouve aussi les stèles du recteur de Coatréven, Toussaint Bolloch et d’Yves-Marie Croc, évêque de Laranda, au Tonkin méridional, né à Coatréven le 30 juin 1829. Le vitrail de cette chapelle présente Notre Dame de Pitié et saint Michel, vitrail restauré après la tempête de 2013.
Le transept se décompose en deux ensembles. Dans le transept nord, un retable réalisé vers 1696, alors que Guillaume Le Moal était recteur, présente trois sculptures : saint Yves, sainte Anne enseignant la lecture à sa fille Marie et la Vierge. À l’angle nord-est, la statue de saint Joseph portant un lys blanc, symbole de chasteté, et l’enfant Jésus, présente une image classique de ce saint. Dans le transept sud, un autre retable de la fin du XVIIe siècle, sert de parure à saint Éloi, sainte Anne enseignant la Vierge ainsi qu’à sainte Philomène. Sur le mur, à droite de ce retable, se trouve une intéressante statue de saint Sébastien datant du XVIe siècle. Le saint est criblé de flèches, témoignage de son martyr et dont les traces subsistent sur son corps.
Le chœur, enfin, est dominé par le maître autel et par un grand retable très ouvragé, présentant une profusion de sculptures. Parmi celles-ci, se trouvent une très belle statue de saint Pierre portant la clé du paradis et datant de la toute fin du XVIIe – début XVIIIe siècle, et une statue de la Vierge à l’enfant sensiblement de la même époque portant le nom de Notre-Dame de Bonne Nouvelle. Au centre du retable prend place une représentation de l’Assomption, marquant le terme de la vie terrestre de Marie et sa montée au ciel, composition dans laquelle la Vierge, environnée d’anges, domine les douze apôtres. Sur le mur nord s’ouvre la sacristie de construction plus récente.
L’église Saint-Pierre de Coatréven présente donc un intérêt historique indéniable. Le porche et le clocher de l’église ont été classés dès 1926. En 2016, c’est toute l’église et son enclos qui sont classés. Parallèlement, l’Association des Amis de l’Église Saint-Pierre de Coatréven veille à la sauvegarde de l’édifice. Aujourd’hui, une nouvelle campagne de restauration est ouverte avec un appel au don de la fondation du patrimoine (www.fondation-patrimoine.org). L’église de Coatréven pourra ainsi parachever sa mue.
Jean-Joseph Le Brozec
Les fenestrages anciens, de la fin du XVe siècle, ont été réemployés.
Mobilier : Restes de vitraux de la fin du XVe siècle ; statues anciennes de N.-D. de Lochrist, saint Tugdual, saint Yves, sainte Marguerite, et les Cinq Plaies du Christ.
Coatréven : Chapelle Lochrist, chemin de croix
Observations :
Ce chemin de croix de Lochrist est peint sur des plaques métalliques dont plusieurs, bien attaquées par la rouille, mériteraient d’être restaurées.
Certaines stations (6) ne sont plus en place dans la chapelle et sont conservées (avec ou sans cadre) dans la sacristie de la chapelle.