Trégastel, paroisse de Perros-Guirec

Église paroissiale Sainte Anne / Saint Laurent (Bourg de Trégastel) Enregistrer au format PDF

Vendredi 19 novembre 2021 — Dernier ajout 0000
Église paroissiale Sainte Anne / Saint Laurent à Trégastel
par Pierre-Antoine VEZIN

Dans cet article :
Histoire et guide de visite
Cadran solaire
Table d’oblation
le mobilier
Le praebendarium

Histoire et guide de visite

Ami visiteur, vous entrez dans la maison de DIEU, prenez quelques minutes pour vous reposer et méditer cette parole du CHRIST JESUS : « AIMEZ-VOUS LES UNS LES AUTRES »

HISTORIQUE

Au milieu du bourg de Trégastel se dresse l’église paroissiale dans son enclos qui, depuis 1947, a perdu sa vocation ancestrale de cimetière. C’est un édifice très composite ou tous les siècles sont peu ou prou représentés, depuis le XIIe siècle jusqu’au XIXe siècle, et qui a dû remplacer une église plus modeste de la première période romane.

On pénètre ordinairement dans l’église par le porche méridional de type courant en Bretagne. De plan carré, il est vouté en pierres de taille et date de la fin du XVIe siècle. Deux bancs de pierre sont accolés aux murs latéraux et l’on remarque sur les montants de l’entrée des traces de gonds et une feuillure, preuves que le porche se fermait par une grille ou une porte afin de servir de lieu de réunion pour le général de paroisse. A droite on voit un bénitier original comportant une ouverture donnant sur l’intérieur de l’ossuaire, ce qui permettait aux fidèles de bénir les ossements entassés dans le charnier. Une pensée, malheureusement martelée et invisible aujourd’hui, était inscrite sur le linteau de cette ouverture :
hodie mihi , cras tibi Aujourd’hui, c’est moi ; demain ce sera toi
Cogitanti vilescunt omnia Tout est vil à celui qui y pense.

L’ossuaire semi-circulaire du XVIIe siècle est bâti dans l’angle extérieur droit du porche. Il présente une élégante galerie à balustres avec un toit surmonté d’une haute tourelle à coupole de granit qui contient l’escalier à vis menant à la salle des archives bâtie à la fin du XVIIIe siècle. Son pignon possède une pierre gravée sur laquelle on peut lire :
Archives bâties par les soins de Messire Houerou, recteur. 1770

Cadran solaire

Au-dessus du porche est fixé un cadran solaire en ardoise. La partie supérieure est décorée d’une coquille Saint Jacques et de coquillages. Au haut du cadran nous trouvons la devise latine suivante et la traduction se trouve en bas.
Umbra senex tibi sit mane Ombre du matin du vieillard voy l’image.
Sit juvenis sero crecens Celle du soir voy celle du bas âge.

Le cadran d’origine fût dérobé dans les années 2000, celui-ci est une reproduction fidèle, grâce à l’estampillage réalisé par Mr. MAZE (historien local) et réalisée par Jean-Paul Cornec, président du club d’Astronomie du Trégor et membre le la commission des Cadrans Solaires de la S.A.F. (Société d’Astronomie Française)

Faisons le tour de l’édifice…
Si l’on part de la droite de l’ossuaire, on se trouve en face d’une longère à trois fenêtres de style gothique.
Puis c’est la massive aile sud de l’église qui abrite une grande chapelle bien distincte, en forme de transept.
A l’ouest, on remarque une très belle porte à gable. C’est la partie la plus intéressante de l’édifice puisqu’on peut la dater de l’époque bretonne de transition entre le roman et le gothique (XIIe Siècle ou début du XIIIe siècle). Ses piliers soutiennent des chapiteaux à feuilles. Le pignon méridional, soutenu par de solides contreforts, présente une grande verrière à remplage du XIVe siècle. A la suite, au sud-est, on a bâti la sacristie au XVIIIe siècle. Le chevet de l’église est plat et comporte deux grandes fenêtres aux remplages Renaissance (XVIIe siècle).
Celle du maître autel est de la même époque. Le bas-côté nord est éclairé par des fenêtres du XIVe siècle. Enfin, le porche ouest, dit « porte des processions », date du XIVe siècle ou début du XV siècle².

La table des offrandes : (voir l’article complet, ci-dessous)


Face au porche, « la table des offrandes » ou table d’oblation, du XVe siècle, était primitivement à l’intérieur de l’église. On y déposait les offrandes, vendues aux enchères après la messe du dimanche. Après la disparition de cette coutume le petit édifice fût transféré dans l’enclos pour marquer solennellement l’emplacement de la fosse commune.

L’intérieur de l’édifice se présente sous la forme d’une nef plafonnée avec des collatéraux formants six travées séparées par des arcs brisés reposant sur des piliers cylindriques à chapiteaux romans. A droite du chœur, l’aile sud à l’allure d’une grande chapelle à deux piliers centraux.
Elle est abondamment éclairée par deux larges fenêtres et possède une entrée indépendante percée dans le mur est (la porte des hommes).

Le Mobilier de l’église :

  • Un bénitier roman à figures grotesques, scellé dans le mur à droite de l’entrée du porche.
  • Une ancienne mesure à blé en pierre dite « praebendarium » (voir ci-dessous un article complet), destinée à recevoir les offrandes en grains. La coutume voulait que les moissonneurs viennent tremper leurs faucilles et les aiguiser sur le bord de la pierre, d’où les marques sur les rebords.
  • La chaire à prêcher du XVIIe siècle.
  • La poutre de gloire, installée de manière anormale au fond de la nef au-dessus de la tribune.
  • Des anciennes statues : sainte Marguerite, Notre Dame de Délivrance, saint Nicolas, Sainte Anne, saint Yves (de Tréguier) entre le riche et le pauvre.
  • L’autel en bois teinté
    Avec l’aimable autorisation de Mr. Emmanuel MAZE.

 

L’autel des oblations ou table d’offrandes (classé MH)
Il est bien évident que cette église, ayant plus de 800 ans existence, quelques éléments de celle-ci se rapportent à des rites anciens parfois oubliés. Nous en retiendront trois dont cette table des offrandes,

Cet autel, destiné à recevoir les offrandes en natures des fidèles se trouvait autrefois dans l’église. En 1868, celui-ci se trouvait déjà à l’extérieur, devant la porte sud.
Nota : Lors de sa visite du 16 mai 1868, Mrg Augustin David précise :
« l’Autel des oblations qui se trouve devant la porte sud devra être religieusement conservé ».
Par la suite, il fut déménagé pour indiquer le lieu de la fosse commune crée à l’occasion du transfert des ossement de 1895 ou 96.

Table d’Ablation ou table d’offrande (XV° siècle), photo Lise Muzellec

A propos des oblations
Les oblations sont des dons volontaires faits par les fidèles.
Les dons en numéraires sont déposés dans des troncs, les dons en nature (1) sont déposés dans des lieux dédiés (devant le Maître Autel ou sur un autel des oblations où tous autres lieux dédiés (sacristie par exemple).

Pour les dons en nature, si ils sont déposés devant le Maître Autel, ceux-ci sont destinés au clergé, dans le cas contraire, ils sont partagés pour : 1/3 au clergé et 2/3 à la fabrique (2).
Lorsque la fabrique n’a pas besoin de ces dons, ils sont transformés en numéraire, au profit du clergé et de la fabrique, lors de ventes aux enchères.

Nous laisserons la conclusion à Emmanuel Mazé qui écrit à propos de la table d’offrande, (cf « Trégastel, le passé retrouvé ») :
« L’autel des oblations (dit aussi table d’offrande) qui se dressait primitivement à l’intérieur de l’église (3), a été remonté dans l’enclos face au porche est. On y déposait les offrandes en nature destinées au clergé. Ces dons étaient mis aux enchères le dimanche après la Grand-Messe. Après la disparition de cette coutume, le clergé trouva une autre destination au petit édifice en le transférant dans l’enclos pour marquer solennellement l’emplacement de la fosse commune, ce qui explique l’inscription latine que l’on peut lire sur une plaque d’ardoise ! (4) »

(1) On rappellera que la possibilité d’offrir des dons en nature offerts pendant la messe à l’offertoire fut abolie vers le IX° siècle.
(2) Partage usuel réalisé dans le diocèse de Vannes (je n’ai pas trouvé la répartition pour le Trégor)
(3) Le fait que cet autel soit, dans le passé, à l’intérieur de l’église, met en évidence que celle-ci était ouverte en permanence.
(4) Le texte est ‘Ossa patrium requiescant in pace 1896 (ou 1895) que l’on peut traduire par « ossements du pays, reposent en paix »

Bibliographie :
Abbé Louis le Tirrand « Burlat-Pestivien » 1965 ebook en 2020
Abbé Luce « paroisse de Bretagne » vers 1870
Emmanuel Mazé « Trégastel, le passé retrouvé » 1994

 

Le Praebendarium - 14° siècle

Dans l’église du bourg, se trouve un praebendarium du 14° siècle. Cet élément, assez rare mérite explication (Objet classé le 1° mai 1911)
Le nom de paebendarium a donné le nom de prébende qui correspondait à des recettes ecclésiastiques. Nous avons donc une idée de recettes. Dans le cas présent il s’agit de la mesure de la paroisse pour le paiement en grain dû par certain paroissiens.
Qui dit grains, dit moisson, alors autour de ce praebendarium un rite de la moisson est né :
La moisson donnait lieu à une messe spéciale qui avait pour rituel :

  • Avant la messe : les agriculteurs faisaient mine d’y aiguiser leur outil (on ne sait pas, mais c’est probable, si cette mesure était rempli d’eau (bénite).
  • Après la messe les agriculteurs sortaient en procession et allaient sur les parcelles à moissonner.
  • Arrivés sur le lieu de la moisson, à chaque coin de la parcelle, ils traçaient une Crois (avec les outils qui avaient été bénis)
  • Alors la moisson pouvait commencer.

A propos du paiement de la taxe
La mesure fait environ 69 litres (5). Ce qui représente, pour une mesure, environ 50 kg de blé ou 35 kg d’avoine.

Décoration du praebendarium
La décoration est un éléphant gauchement réalisé (ce qui est classique à cette époque).
Si l’ animal est connu (pour mémoire, un éléphant avait été donné à St Louis et qui vécut à Londres) peu de gens en avait vu. C’était donc plus, pour le commun des mortels, un animal merveilleux qui représentait la force, la sagesse et l’intelligence.
Les représentations se faisaient donc suivant l’imagination du sculpteur (Il existe paraît-il, dans les représentations de cette époque, des éléphants avec des sabots).

(5) Voir Travaux de Guy Beaujouan. Les dimensions sont longueur 94 cm, largueur 48 cm et hauteur 18 cm

Bibliographie :
Guy Beaujouan : Comprendre et maîtriser la nature eu Moyen Âge - 1994
Divers sites internet sur la représentation des éléphants au Moyen-Âge
Manuel de l’Office du Tourisme de Trégastel 1928
Notice MH N° PA00089692

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